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Omsk is back. Et comme pour Jean-Claude Van Damme, y'a pas grand chose qui pourra le stopper, hormis peut-être God and Himself.

L'Administration, la Bureaucratie sont des termes qui vous font frémir ? Je les ai vécus (subis plus que choisis) au cours d'une odyssée pantouflarde de trois longs mois, via un exercice que l'on appelle pudiquement stage. Celui-ci est généralement utile à l'organisme d'accueil, payant au lance-pierre un étudiant chargé d'effectuer la basse besogne. En théorie, la contre-partie c'est que le stagiaire doit en retirer un bénéfice pratique, apte à le préparer au monde du travail. Pour faire original, mon embauche ne servit à personne : ni à eux, ni à moi. Eux ? Les ronds de cuir du système municipal havrais bien sûr. Mais un petit retour en arrière s'impose.

On peut s'en douter, j'effectue rarement ce genre d'exercice pour le plaisir. Il était rendu obligatoire par ma formation en aménagement du territoire. Cependant, là où tout le monde avait trouvé dans les délais impartis (drogue, fric, appuis politiques véreux sans doute), j'étais le dernier des Mohicans à devoir en dégotter un. Pas faute d'avoir essayé pourtant. Une quarantaine de C.V assortis de lettres de motivation pour deux entretiens (où j'avais fait un effort : j'avais mis un pantalon et avait pris une douche l'avant-veille). M'est avis que j'avais fait une bourde : mettre ma photo sur le curriculum, avec une trogne de terroriste digne de la bande à Baader.

A la fin, aidé par une fille de la promo, je lançais mes dernières forces dans la bataille afin de parer à la Bérézina s'annonçant au loin : envoyer mes médiocres qualifications à la mairie annexe de Graville. L'administration centrale avait auparavant envoyé valdingué mes requêtes, j'allais donc rentrer par la petite porte, celle donnant sur la ruelle sale et mal éclairée. Harcelant un certain nombre de secrétaires, je fini par obtenir un rendez-vous avec madame P., au titre ronflant à l'américaine : manager de territoire (me faisant penser à une responsable cheesburger de chez McDo). Sans véritablement me poser de questions, elle consentit à m'embaucher en me dressant à gros traits la mission que j'aurai à effectuer.

J'allais pas faire le difficile, je n'avais rien de plus appétissant à me mettre sous la dent. Et après tout, P. n'avait pas l'air trop emmerdante, me garantissant un vrai stage (comprendre pas "machine à café"). Et pourtant du café j'en ai bu, et pas qu'un peu ! De facto ma tutrice avait d'autres tâches à effectuer, se trouvait rarement dans son burlingue (et quand elle y était, il ne fallait point la déranger) et surtout n'avait aucune maîtrise sur les thématiques (transports, urbanisme...) qu'elle me demandait de creuser. Grosso modo, son poste c'est de toucher un peu à tout sans aller chercher trop loin.

Au début, la chose me convenait parfaitement. J'observais méticuleusement la faune constituant les environs, m'interrogeant sur les travers que je pourrai ressortir sur mon blog. Il y avait là les secrétaires du rez de chaussée, une bande de harpies occupée à cracher sur le dos de la collègue à peine sortie ; ou Andrée la femme de ménage. A la base, elle me faisait de la peine (oui, je suis aussi quelqu'un de sensible) quand elle m'expliquait qu'elle ne pouvait monter à l'étage, la faute à son poids. Seulement, un jour où elle m'entretenait de cambriolages dans son voisinage et terminant sa diatribe par "Mais bon, c'est des noirs et des arabes", je changeais mon fusil d'épaule ne la considérant plus que comme une vache échouée dans la cuisine. Elle était là, devant moi, telle l'obèse sainte de la BD Face de Lune, avec un discours toujours aussi pauvret mais en plus limite.

A cette époque, j'occupais un bureau ou plutôt un bocal (vu la petitesse de la pièce) sans fenêtre. Un espace réduit, prévu pour un seul et squatté par deux. J'étais censé trouver de la documentation sur mon sujet. P. était aux abonnés absents alors qu'elle m'avait assurée vouloir me voir une fois par semaine. Un peu plus tard, on décida de m'installer au deuxième étage. Pour obtenir cet avantage, il m'a fallu poireauter une dizaine de jours afin que des déménageurs d'un service spécifique de la municipalité viennent enlever les trois ou quatre cartons qu'on y avait entreposé. L'édifice pyramidal d'importance veut qu'à chaque activité soit liée un département donné. Il faut les prévenir, les rappeler, les avertir pour qu'ils viennent ; ce qui prend beaucoup de temps. Pléonasme.

Une fois le cul vissé sur mon siège, je n'étais pas encore tiré d'affaire. Trop simple. Pour profiter pleinement du confort de l'endroit, je devais attendre d'avoir les droits sur le téléphone fixe et internet. Concernant ce dernier point, un beau jour le web fut coupé dans mon bureau. Flippant au départ (je pensais qu'un mini Big Brother avait scrupuleusement observé les sites que j'avais visités), on m'informa simplement qu'un opérateur s'était rendu compte que je ne figurais pas sur la liste et avait donc coupé le robinet. Quand à ma tutrice, jamais elle n'est entrée sur mon nouveau territoire. En deux mois, nous nous sommes vus cinq fois grand maximum.

Je nageais dans un flou artistique total, mes journées s'étirant entre Facebook et des plate-formes d'infos. Il m'est arrivé une fois d'être dérangé par une collègue alors que je terminais un bouquin... Madame P. régentait mon travail de (très) loin, le tout dans un carcan rigide et chiant. Le deal voulait que pour obtenir des données (absentes de la mairie de Graville), je prenne contact avec des professionnels. Oui, mais avant je devais informer ma tutrice afin d'avoir son aval. Je commençais à arriver de plus en plus à la bourre, repartait en avance, voire fit le pont de temps en temps. Cela dit on a beau être feignant, on en est pas moins homme avec ses petits tracas financiers.

La rémunération ! Voilà quelque chose qui me tenait plus à cœur. J'allais me renseigner aux ressources humaines mais la spirale des services se renvoyant la balle (et me donnant des renseignements contradictoires) assortis d'une engueulade avec Miss P. (qui curieusement se réveillait sur les questions d'argent) achevèrent de m'agacer. Pour illustrer mes requêtes stériles, l'on peut avoir à l'esprit cette petite vidéo. Pas payé*, pas encadré, pas motivé. Et puis un beau jour, j'appris que ma chef avait adoptée. Pas un chien ou un canard sauvage. Un chiard. Et un modèle classique en plus. Il me restait un bon mois à tirer, ma supérieure s'en était lavé les mains et s'en partait essuyer les fesses de son marmot.

J'étais bel et bien la dernière roue du carrosse, et il fallu la harceler pour enfin avoir de ses nouvelles le dernier jour du stage ! J'avais en effet encore besoin de la bête, ne serait-ce que pour assister à ma soutenance de septembre. Le sourire aux lèvres, il fallait encore se farcir un gentil mémoire durant l'été avec un matériau ultra-léger. J'ai réussi à pondre 66 pages dont personne n'avait rien à foutre. Ni la collectivité territoriale pour laquelle j'avais "travaillé" (sans documentation, je n'ai en gros fait que compiler des dossiers existants : pas du copier-coller mais presque) ni la fac. A ma décharge, mon encadrant universitaire n'en a pas fait plus que P. Ce n'est que le jour de l'oral que l'homme s'est réveillé. Ses exigences repartaient à la hausse tandis qu'il n'en finissait pas de critiquer mon ouvrage. Celui-ci n'aura comme finalité que de jaunir dans un carton que personne n'ouvrira, hormis quelques étudiants désireux de voir ce qu'est un mémoire...

* Bon, je suis mauvaise langue. Un mois après la fin officielle de mon stage, j'appris que ma demande de rémunération était acceptée. 1 250 euros c'est peu. Ceci dit, j'étais bien content de toucher un pécule pour un stage qui n'a servi à rien, si ce n'est bailler à s'en décrocher la mâchoire...

ps : S'il y en a qui s'interrogent, l'image de l'article est tirée de l'excellent Brazil. Il s'agit là du logo du ministère de l'Information dans lequel officie notre cher Sam Lowry.